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CISJORDANIE : Crise économique majeure
Publié le samedi 8 août 2026
Crise économique majeure
Beaucoup de Palestiniennes continuent de traverser illégalement, faute de perspectives en Cisjordanie. Plus de 50 d’entre eux ont été tués depuis le 7-Octobre en tentant de se rendre de l’autre côté, « vers l’intérieur », comme ils disent pour parler d’Israël.
Le 31 mai, Imad Ishtayeh a été abattu par un soldat israélien sur l’échelle qu’il descendait pour franchir le mur, dans les environs de Jérusalem. D’autres Palestiniens se sont portés à son secours, mais le tir dans la cuisse lui a été fatal. Le jeune homme, originaire d’un village près de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie, tenait une boucherie avant la guerre, mais avait dû fermer face aux difficultés économiques. Il avait 27 ans.
Ces trois dernières années, Israël a mis en place une série de mesures qui étouffent peu à peu le territoire palestinien qu’il occupe illégalement depuis 1967. La prédation israélienne des terres et l’expulsion forcée de plus de 40 000 Palestiniennes depuis le 7-Octobre sous la violence des colons ou lors d’opérations militaires ont privé de nombreuses familles de leurs moyens de subsistance, notamment en leur empêchant l’accès à leurs terrains et leurs champs.
À cela s’ajoute l’enclavement des communautés palestiniennes, des grandes villes de Cisjordanie aux plus petits hameaux. Les routes ont été coupées, contraignant beaucoup de travailleurs à de coûteux détours et vidant les artères commerçantes de leurs acheteurs. Le Bureau des affaires humanitaires de l’ONU recensait plus de 900 obstacles aux mouvements des Palestiniennes au printemps 2026.
"Il s’agit d’une politique savamment étudiée : le but, c’est de nous pousser à émigrer." dit Iyad Hassan, professeur
Surtout, Israël ne reverse plus les droits de douane que l’État prélève pour le compte de l’Autorité palestinienne – cette dernière n’ayant pas le contrôle des frontières. Le ministre des finances palestinien, Estephan Salameh, faisait le compte dans une interview en juin : « Le montant accumulé des déductions israéliennes et du gel de nos recettes s’élève désormais à 5,7 milliards de dollars (4,9 milliards d’euros), ce qui représente presque le montant de notre budget annuel. »
Son homologue israélien, le suprémaciste juif Bezalel Smotrich, est à la manœuvre. En septembre 2025, il affirmait sur le réseau social X vouloir agir « en utilisant tous les moyens à [s]a disposition pour empêcher le danger que représente un État palestinien, notamment en provoquant l’effondrement de l’Autorité palestinienne » par « un étranglement économique ».
Dépendance de l’économie palestinienne
Les institutions palestiniennes sont lourdement endettées, elles ne parviennent plus à payer leurs fournisseurs. Depuis le début 2026, plus de 11 000 interventions chirurgicales ont été repoussées et certains médicaments ne sont plus disponibles, notamment des traitements contre le cancer. Les quelque 100 000 fonctionnaires de Cisjordanie – et 90 000 à Gaza – ne reçoivent plus que la moitié de leur salaire depuis des mois
Entre 2023 et 2024, la pauvreté à court terme en Cisjordanie est passée de 12 à 28 %, selon un rapport de la Banque mondiale. « On meurt à petit feu, reprend . Malheureusement, il s’agit d’une politique savamment étudiée : le but, c’est de nous pousser à émigrer. » La famille d’Iyad Hassanpossédait des champs à Qusra, un peu plus d’un 1 hectare d’oliviers qui lui rapportaient de 30 000 à 40 000 shekels par an. « Tout est perdu. Les colons s’en sont emparés, et au printemps 2026, j’ai appris qu’ils avaient tout détruit et planté des vignes à la place », souffle le professeur.
Depuis les accords d’Oslo, explique Taher Labadi, chercheur en économie politique et enseignant à l’université de Bir Zeit, en Cisjordanie, « plutôt que d’être dans un constat qu’on est dans une situation coloniale et qu’il faut essayer de créer des marges d’autonomie » pour les Palestiniennes, « toutes les politiques prônées par la Banque mondiale, par les bailleurs de fonds, européens ou autres, et reprises par l’Autorité palestinienne ont été au contraire de renforcer l’intégration avec l’économie israélienne. Plus on avait de travailleurs palestiniens qui travaillaient en Israël, mieux c’était, plus on importait et exportait depuis et vers Israël, mieux c’était ».