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Mai MASRI, réalisatrice palestinienne

Publié le jeudi 23 février 2017, Thèmes : - Cinéastes

Maï Masri est venue à Lyon où elle a été l’invitée d’honneur du festival « Palestine en Vue » 2016. Au cours de ce festival, elle a présenté en avant première son film « 3000 nuits » lors de la soirée d’ouverture (voir photo).


Mai Masri est une réalisatrice et productrice palestinienne, née en 1959 à Amman en Jordanie, d’un père palestinien et d’une mère américaine.

Dans les années 1960 sa famille s’installe au Liban, mais en 1967 la guerre éclate et ils ne peuvent alors plus repartir. Ils font désormais partie des « absents de Palestine »  : à ce moment-là, tout palestinien qui n’était pas en Palestine perdait automatiquement sa nationalité.
Mai Masri parvient à suivre des études de cinéma à l’université de San Francisco aux Etats-Unis. Au début des années 80, elle revient au Liban pour y vivre et produire son cinéma.

D’abord documentariste, elle réalise aussi des fictions, à l’image de son dernier film : 3000 nuits. Elle a par ailleurs beaucoup travaillé avec son mari — le cinéaste libanais Jean Chamoun — ils ont produit ensemble plusieurs films sur les effets de la guerre au Liban, ainsi que sur la résistance palestinienne. C’est d’ailleurs ensemble qu’ils fondent Nour Productions en 1994.

Mai Masri laisse dans son cinéma une large place au développement du point de vue des femmes et des enfants, des films tels que Sous les décombres en 1983, Fleur d’Ajonc et Femmes du Sud Liban en 1986 ou encore Beyrouth, Génération de la Guerre en 1988 en sont de parfaits exemples.

Dans Rêves d’exils, documentaire de 2002, elle témoigne de la vie quotidienne des enfants des camps de Chatila à Beyrouth et de Dheisheh en Cisjordanie. Déjà en 1998 elle donnait la caméra à ces enfants réfugiés dans : Les enfants de Chatila. Elle-même n’a pas vécu dans les camps, elle a voyagé dans différents pays, ne pouvant plus revenir en Palestine pendant de nombreuses années. Cette vie loin de ses racines ne lui a pourtant pas fait perdre de vue la situation palestinienne, beaucoup de choses la ramenaient à ses origines paternelles : « Vivant au Liban je me suis sentie partout comme une étrangère […] Je me sentais différente, je n’avais pas le même accent, la même allure, j’avais le sentiment de n’appartenir à rien. »

Une fois réconciliée avec les différentes cultures qui marquent son histoire personnelle, elle s’engage alors à fond dans la cause palestinienne en témoignant des conditions de vie déplorables qui règnent dans le pays. Elle ne cessera de souligner la difficulté de construire une identité propre dans cette situation, pour elle-même et pour son peuple. Elle raconte : « J’ai été très proche des palestiniens dans les camps, proche des réfugiés, même si je n’ai pas vécu cette expérience dans ma chair. Mon exil est plus intellectuel […] Mais tout cela fait partie de mon histoire humaine et collective, j’en fais partie, je la comprends très bien. » [1]

On pourra remarquer que ses films ne s’arrêtent jamais au simple constat d’une pareille situation. Mai Masri cherche à mobiliser le spectateur : c’est notamment par l’exemple, en activant les processus d’identification que ses films offrent des ressources pour surmonter les obstacles de la vie quotidienne, ainsi ils ouvrent toujours la voie vers une possible reconstruction. La critique de cinéma Janine Halbreich-Euvard, qui a rencontré Mai Masri en 2002, la décrit comme : « Une militante contre le désespoir, l’absurdité de la guerre et l’injustice. » [2]

Son cinéma est engagé, il n’est pas permis d’en douter. En 1995, elle réalise le portrait de Hanan Ashrawi qui a été la porte-parole palestinienne, négociatrice des accords de paix signés entre Israël et l’OLP. Elle la suit à travers le monde dans sa campagne pour la paix en Palestine, mettant en avant sa détermination qui prend racine dans le constat quotidien d’un viol de la paix, du fait notamment de la colonisation qui ne s’arrête pas et de la négation des droits des palestiniens par le gouvernement Israélien. En témoigne les images du blocus à Jérusalem — qui interdit l’accès aux palestiniens — ou encore celles de la privation des terres palestiniennes par les bulldozers, symboles de la puissance sourde et écrasante du régime israélien.

En 2006 elle réalise Beirut Diaries, un documentaire d’une heure qui rend compte de l’agitation qui anime le Liban après l’assassinat du premier ministre Rafiq al-Hariri en 2005. Cet événement politique majeur réveil au Liban des querelles latentes qui divisent profondément la population, et révèlent les rapports d’influence qui se jouent dans le pays entre des acteurs extranationaux, notamment le régime syrien et le gouvernement des Etats-Unis, dans le contexte plus large du conflit régional entre les pays arabes et Israël. Dans ce documentaire, Mai Masri essaie de dissiper le bruit de l’actualité immédiate pour distinguer clairement le jeu des forces en présence, et donner ainsi à ses concitoyens les moyens de préparer l’avenir.

Filmographie

1983 : Sous les décombres
1986 : Wild Flowers : Women of South Lebanon
1988 : Beyrouth, génération de la guerre
1990 : Children of Fire
1992 : Rêves suspendus
1995 : Hanan Ashrawi, une femme de son temps
1998 : Children of Shatila
2001 : Frontiers of Dreams and Fears
2002 : Rêves d’exil
2006 : Beirut Diaries
2007 : 33 Days
2017 : 3000 Nuits


Lucas.


[1Janine Halbreich-Euvrard , Israéliens, Palestiniens que peut le cinéma  ? p 99

[2Ibid, p 99

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